Journal d’une tentative échouée de PMA – Episode 2

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Journal d’une tentative échouée de PMA – Episode 2

Note de la rédaction : l’article précédent avait été écrit au jour le jour, car je souhaitais garder une trace du processus d’insémination que j’étais censée subir. Vous comprendrez aisément que je n’ai pas documenté la suite vu son échec lamentable (si vous n’avez pas lu le début de l’histoire, rendez-vous sur l’épisode 1). Je vous raconte donc la fin de l’histoire aujourd’hui, mardi 30 janvier 2018, avec quelques mois de recul. Et d’ailleurs, je vais commencer par quelque chose que j’ai oublié de vous raconter, et qui s’est passé dans la nuit du 13 au 14 octobre 2017.

Samedi 14 octobre 2017, au milieu de la nuit

Je passe une bonne partie de ma soirée hébétée, entre deux crises de larmes. Au fond de moi, je sais que je n’aurai pas le courage de la faire cette insémination. Je n’ai pas envie qu’on me brise le cœur encore une fois, après avoir piétiné mes espoirs et ma dignité dans des salles glauques d’hôpital. Je me réveille au milieu de la nuit. Je me dis qu’il va falloir renoncer à cette notion de bonheur à trois, et parvenir à retrouver le bonheur à deux. Je me blottis contre l’homme qui est tout chaud et qui se réveille. Je lui dis, “Est-ce que tu veux te marier avec moi ?”. Il me prend dans ses bras, il me dit “oui” et on se rendort tous les deux sans plus se lâcher de la nuit.

Vendredi 27 octobre 2017

Comme nous l’avions décidé précédemment, nous avons continué les injections ; elles sont désormais terminées :

  • Gonal F, 50UI du 11 au 17 octobre ;
  • Ovitrelle 18 octobre au soir ;
  • Ovulation côté gauche le 20 octobre en fin de matinée (tiens, ça faisait longtemps, ces derniers temps, c’était tout le temps à droite. Et oui, ça pourra paraître bizarre à certaines d’entre vous, mais je “sens” mes ovulations tous les mois).

Je n’ai pas eu de points de côté bizarres, donc je me dis que je n’ai pas été hyper-stimulée. Enfin j’espère… Je ne crois pas. D’ailleurs, j’ai déjà mal au ventre, j’ai des douleurs de règles. Oh non, déjà ? Je n’ai pas fait le test de grossesse prescrit par le médecin. J’irai me faire vacciner, je décide, le premier jour de mes règles numéro 29.

L’homme m’emmène souffler quelques jours en Toscane. On a besoin d’air tous les deux, cela va nous faire un bien fou.

Mardi 30 octobre 2017

Cela fait cinq jours que j’ai mal au ventre. Je n’ai pas eu mes règles, ce qui est normal vu le calendrier, mais anormal vues les douleurs. Je n’ai jamais mal au ventre aussi longtemps avant. Je commence à flipper et à me dire que j’ai peut-être mal réagi aux hormones au final.

À midi, on mange en amoureux sur le port de Gênes (petite étape avant la Toscane). Je prends un verre de vin blanc. J’en ai bu à peine la moitié, que j’ai l’impression d’être complètement bourrée. Bizarre…

On passe l’après-midi à Portofino, on boit des cocktails dans un bar niché sur une falaise en regardant le coucher de soleil au-dessus de la mer. Je me surprends à me demander si je ne suis pas enceinte ?! Nous sommes 10 jours après mon ovulation et je suis censée avoir mes règles samedi. C’est peut-être un peu tôt pour savoir. Nous rentrons à l’hôtel. Je suis épuisée. “Loulou, tu pourrais aller voir si tu trouves une pharmacie dans la rue et acheter un test de grossesse ?”. Je m’en veux de m’autoriser à espérer. Il trouve un test de grossesse à la pharmacie d’en bas qui détecte les grossesses jusqu’à quatre jours avant les règles. Nous le ferons demain matin ; le risque de faux positif dû aux hormones devrait être écarté d’ici là. Enfin, j’espère !

Mercredi 31 octobre 2017

Mon homme me réveille, il doit être autour de 8h du matin. “Réveille-toi, il faut que tu fasses pipi sur le bâton !” me dit-il avec empressement. Je me lève donc, les cheveux en pétard (comme d’habitude) et l’air endormi pour aller pisser sur ce machin. Je lui fais un petit speech “préparatif” genre “le test sera forcément négatif”,”il n’y a pas de raison pour que ce soit différent cette fois”, “même si c’est positif, c’est probable que ce soit les hormones des piqûres qui interfèrent”, etc. Bref, je le prépare psychologiquement à la déception car c’est la première fois qu’il fait un test avec moi (moi, j’ai déjà eu quelques déceptions de ce type quand j’avais un peu de retard….). Il s’agit d’un test de grossesse électronique ; il n’y a donc pas de bandes roses ou bleues à regarder apparaître instantanément. On voit simplement un petit sablier sur l’écran, car il faut patienter quelques minutes avant de pouvoir lire le résultat. Je pose donc le test dans un gobelet dans la salle de bain et retourne me coucher dans le lit. L’homme met la minuterie et moi, lovée de sans bras, continue à blablater sur le fait qu’il ne doit pas se faire trop d’illusions. Bref. Trois minutes plus tard, on court dans la salle de bain. C’est lui qui prend le test et qui le regarde. Il me regarde tout de suite après. Je vois la réponse dans ses yeux. Je lui prends le test des mains. Il y a écrit “Incinta 1-2”. Pas besoin de parler italien pour comprendre. Je m’écroule par terre en larmes.

test grossesse positif clearblue incinta

Nous passons la journée à visiter les villages des Cinque Terre. Nous sommes sur un nuage. Je crois que je peux dire que jusqu’à présent, c’est la plus belle journée de ma vie. Il fait plus de 20°C, nous marchons au soleil et voyageons entre les villages en train. On se parle peu mais on ne se lâche ni la main, ni des yeux. Notre rêve s’est réalisé, enfin !

On est quand même pris d’un petit doute. Nous avons essuyé quelques revers et nous nous attendons à être déçus. Est-il possible que le test soit erroné ? Un faux positif à cause des hormones ?

Lundi 6 novembre 2017

Je n’ai pas eu mes règles samedi. J’ai deux jours de retard. Nous sommes rentrés en France et je vais enfin pouvoir aller faire un test de grossesse par prise de sang (ahah, heureusement que je n’avais pas utilisé cette ordonnance pour le vaccin au final). Nous sommes parmi les premiers à 7h du matin. Le labo me dit d’appeler à 11h pour avoir les résultats. Je colle l’étiquette avec le numéro de dossier sur le frigo histoire de ne pas la perdre. 11h01, mon cœur bat la chamade, j’appelle le labo. “Non, nous n’avons pas encore les résultats, désolée Madame”. Je mets deux secondes à comprendre que ce n’est pas négatif. Le Non du début de sa phrase m’a coupé les jambes. Je rappelle à 15h30, beaucoup plus fébrile et moins sûre de moi que le matin. J’ai passé toute la semaine à aimer à en crever un petit grain de pavot accroché à l’intérieur de moi, s’il-vous-plaît, ne me l’enlevez pas. Comme si elle savait que ma vie et mon état de santé mentale en dépendait, la petite dame au bout du fil me dit “C’est bon Madame, vous êtes bien enceinte, c’est positif”. Je raccroche en la bénissant et la remerciant à n’en plus pouvoir et j’appelle mon chéri en hurlant de joie pour lui annoncer la bonne nouvelle.

On espère, vraiment, mais vraiment, que les déceptions et les mauvaises nouvelles sont derrière nous maintenant.

Mardi 30 janvier 2018

Je suis enceinte de 16SA + 4 jours. Malgré des nausées et étourdissements horribles pendant environ 8 semaines, tout va bien. J’ai eu la chance de voir mon bébé trois fois et d’entendre son petit cœur battre. Je n’arrive toujours pas à y croire. Je me réveille tous les matins en me disant, “putain, je suis enceinte !”. Si je croyais en Dieu, je vous dirais que c’est un miracle. Je n’oublierai jamais ces deux années et quelques, ces 28 cycles. Cette “épreuve” (c’est le nom que l’homme et moi donnons à cette période de notre vie) m’a changée à tout jamais. Aujourd’hui, j’ai beau savoir que je n’ai rien fait pour mériter tout ça, que ce n’était pas de ma faute, il y aura toujours cette douleur au fond de moi, cette petite faille dans mon cœur. Souvent, je me dis (et c’est surement très égoïste de ma part, je ne sais pas), que mon bébé, ma fille a priori, a choisi de s’installer dans mon ventre pour essayer de combler cette petite faille. Je n’oublierai jamais.

Si, aujourd’hui, vous me lisez et que vous être confrontée à des problèmes d’infertilité, sachez que je suis désolée car je ne vous dirai pas qu’il faut garder espoir. J’aurais eu envie de cracher sur vous si vous m’aviez dit cela il y a quatre mois. J’ai haï chaque personne qui m’a dit un jour d’espérer alors qu’espérer faisait plus de mal que de se résigner. Mais peut-être que mon histoire vous donnera quand même une petite lueur de cet espoir si douloureux. Si c’est le cas, j’en suis très heureuse.

Je ne vous dirai pas qu’il faut absolument tout essayer, inséminations, FIV, adoption, pour réaliser ce rêve d’avoir un enfant. Je vous dirai par contre de faire ce que vous avez envie de faire et d’écouter votre cœur et votre instinct, et surtout pas les gens. Je vous dirai aussi que si vous décidez de vous embarquer dans cette “aventure” pas facile, vous êtes une femme extrêmement courageuse ; continuez de croire en vous car tout est possible.

Je vous dirai par contre que la meilleure décision que j’aie prise pendant ce parcours, a été d’en parler… et de voir les langues se délier. J’ai eu beaucoup de confidences ces derniers temps, de gens proches, d’amies perdues de vue, d’étrangères même, qui traversent ou ont traversé la même chose que moi. On ne s’imagine même pas à quel point nous sommes nombreuses (et nombreux). N’ayez pas honte (d’ailleurs, il n’y a aucune honte à avoir) et parlez-en ! Ce chemin sinueux est suffisamment solitaire et isolant ; ne vous enfermez pas davantage. Cela vous aidera beaucoup !

Ah oui ! Et les gens cons dont je vous parlais précédemment. Oui je sais, j’ai été dure, pardon. Malheureusement, ils continueront d’être cons blessants. Entre ceux qui vous diront qu’il faut en faire un deuxième dans la foulée et ceux qui ont déjà envie que vous abandonniez vos responsabilités professionnelles, on n’est pas sorties de la berge… Et ne me lancez même pas sur ceux qui ont un million de conseils d’éducation à vous filer alors que votre marmot n’est même pas encore né. Un peu de bienveillance et de respect par pitié !

Ceci clôture donc le chapitre infertilité de ma vie et de ce blog. Cela ne veut pas dire que je n’en parlerai plus jamais, et je serai d’ailleurs ravie d’échanger avec vous si vous le souhaitez. Mes articles vont probablement s’orienter vers les maux de la grossesse les cinq mois à venir. J’espère ne pas trop vous soûler !

Gros bisous les Thirtynager et à très vite !

  1. Comme une impression de déjà vu…tant sur l’émotion, que sur l’annonce et de nouveau l’émotion. Et ma fille est arrivée après la iac 2bis avc 75de gonal f. Rien comparé à d’autres femme mais bcp pr nous, avec cette même angoisse… Encore combien de mois à ce battre par créer la vie.
    La suite n’est que bonheur, et attention, comme m’a dit ma gynéco “vs n’êtes pas infertile, prenez une contraception après l’accouchement” il en était hors de question, pas après ttes ces hormones…. Et bingo, aux 4mois de ma fille, son petit frère venait de loger en moi et le cycle de la vie recommençait 13mois après le premier plus beau jr de ma vie. #mila28/02/15 #macéo31/03/16
    Félicitations à vous, prenez soin de vous

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