Journal d’une tentative échouée de PMA – Episode 1

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Journal d’une tentative échouée de PMA – Episode 1

ou comment j’essaye de faire un bébé grâce à l’industrie pharmaceutique.

Nous sommes mardi 10 octobre 2017…

…mais vous ne lirez probablement pas cet article avant quelque temps. Non pas que j’attende mon happy ending, qui ne viendra peut-être jamais d’ailleurs, mais je pense qu’une certaine distance s’impose avant de balancer ce genre de détails aux yeux du monde sur Internet.

Hier, j’ai eu mes règles (28). Après de nombreux allers et retours – sans vouloir rentrer dans les détails, d’hésitations, de faux espoirs et de larmes, c’est notre première tentative de PMA (pour Procréation Médicalement Assistée). J’aimerais vous dire que j’espère que cela sera la seule, mais j’ai quelques doutes à ce propos.

Comme nous n’avons aucun problème “selon les connaissances actuelles de la science”, le médecin nous dirige vers des inséminations (IAC pour les intimes). Pas UNE insémination, non, ce serait trop simple ! DES inséminations. Apparemment, il ne faut pas voir cela comme une tentative (avec environ 12% de chances de réussite, tu m’étonnes), mais comme un process de six opérations au bout duquel deux-tiers des couples s’en sortent chanceux (il paraît).

Je n’ai jamais été aussi stressée et angoissée de ma vie. J’ai 9-5 de tension, mon médecin m’a filé des anxiolytiques et je suis en arrêt maladie parce que je pète à moitié un câble et n’arrive pas à concilier l’immense stress de cette PMA et mes horaires de travail (avant-hier 5h30 – 23h, normal !). Des conditions idéales pour faire un enfant, n’est-ce-pas ? Le Gonal F est dans le frigo et j’ai envie de vomir à chaque fois que je l’ouvre pour en sortir quelque chose et je commence les injections demain.

Jeudi 12 octobre

Hier, c’était la première piqûre. Et comme je me sens incapable de m’enfoncer une aiguille dans le ventre, même si c’est censé être un auto-injecteur, c’est l’homme qui s’en est chargé. Le pauvre se sent tellement impuissant de ne rien pouvoir faire. J’appréhendais à mort et j’avais raison. Ça fait mal, c’est humiliant, on se demande comment on en est arrivé là et qu’est-ce qu’on a pu faire de si mal pour être puni à ce point.

La deuxième piqûre fait moins mal. Je suppose que l’homme a pris le pli. L’humiliation est toujours là, mais la détermination prend le dessus. L’espoir est là, et bizarrement, on s’en veut, on culpabilise. On sait bien que les fameuses sanglantes finissent inévitablement par arriver et anéantir cet espoir naïf. Mais peut-être que cette fois ce sera différent. On avance. Avance-t-on ?

Vendredi 13 octobre

Vers 13h, l’homme m’appelle. Il a une voix bizarre, grave, éraillée, pleine de sanglots. Il me dit que le centre PMA a appelé et qu’il y a un problème. Je ne sais pas encore ce qu’il va me dire mais mon cœur se brise instantanément. Nous avons fait une analyse de sang la semaine précédente et ils viennent de recevoir les résultats. Je précise que c’est la deuxième ou troisième fois que nous faisons les examens sérologiques (SIDA, hépatites, etc.), mais ils doivent obligatoirement dater de moins de trois mois lors de la procédure de PMA. Il y a un problème et le médecin conseil nous demande de prendre contact avec notre gynécologue le plus rapidement possible.

Le problème est le suivant : je ne suis pas immunisée contre la rubéole. Sur le coup, je ne comprends pas en quoi c’est un problème, ni en quoi c’est une nouveauté, car j’ai toujours su que je n’avais jamais eu cette maladie et que je n’étais pas vaccinée. Je pleure un coup mais attends de discuter avec le gynécologue pour trouver une solution.

L’homme parvient à joindre le gynécologue vers 17h. Il reconnaît qu’il y a eu un “couac”, c’est le terme qu’il a utilisé. Il refuse de poursuivre le processus d’insémination tant que je ne suis pas immunisée contre la rubéole. En cas d’exposition au virus, le fœtus risque d’être mal formé, et il ne veut pas être tenu responsable de cela. Très bien, je me fais vacciner immédiatement, pas besoin d’annuler l’insémination ? Impossible, le vaccin contre la rubéole est un vaccin contenant le virus qui a été atténué (et pas inactivé). Cela signifie que non seulement je dois me faire vacciner, que je dois interrompre la stimulation hormonale et le processus de PMA en cours, mais qu’en plus je ne DOIS PAS tomber enceinte pendant au moins trois mois. La blague ! On insiste, on la veut cette insémination. On signera une décharge, après tout, si je n’ai pas chopé cette foutue rubéole en 32 ans, je ne vais pas la choper maintenant ? Rien n’y fait. Il a merdé, mais il nous laisse dans la merde.

Il me conseille de me tourner vers mon médecin traitant pour me faire prescrire le vaccin et la pilule et me demande d’appeler sa secrétaire pour reprendre rendez-vous dans deux mois. Oui, apparemment, cet homme appartient à l’espèce humaine. Oui, cela fait plus de six mois que nous parlons de cette insémination avec lui, et il a fallu que ce problème survienne une semaine avant.

Je ne vous dirai pas que nous sommes effondrés, car c’est un euphémisme et le terme décrivant notre douleur n’existe pas. Encore une fois, nous subissons une nouvelle épreuve totalement injuste, provoquée par une un manque d’attention d’un médecin. Ces mecs se sentent tellement tout-puissants que cela me fout la gerbe. Le pire est qu’ils le sont ; nous n’avons pas le choix.

Je n’ai pas encore eu mes règles, mais je sais que mon bébé est mort pour la 29ème fois.

Samedi 14 octobre

Je vais chez mon généraliste et lui explique la scène de la veille. Bien sûr, il s’en donne à coeur joie pour défoncer le gynéco et lui attribuer un certain nombre de noms d’oiseaux plus colorés les uns que les autres. Ce c****** qui rejette le risque et la responsabilité sur le pauvre petit généraliste, déjà qu’il ne prend jamais ta tension ce c** de gynéco, blablabla. Bref, il est outré ! Il me prescrit mon vaccin et un test de grossesse. Il me demande de le faire le jour même et de revenir dès que j’ai le résultat pour me faire vacciner. Un peu perplexe, je lui dis que le test sera forcément négatif puisque je n’ai pas ovulé (pardi !). Et si je tombe quand même enceinte quelques jours après ? Il me prend pour une folle / conne, prolonge mon arrêt de deux semaines vu mon état évident de fatigue avancée dépression totale et me donne rendez-vous la semaine prochaine pour ce fichu vaccin.

Entre temps, l’homme et moi avons pris une décision probablement idiote et hyper risquée… on continue les injections de Gonal F. J’ovule toujours à J-12, nous ferons donc la piqûre d’Ovitrelle (pour déclencher l’ovulation) jeudi prochain. L’homme est briefé, au moindre mal de ventre, coup de fièvre ou quoi, il m’emmène aux urgences pour faire une écho.

À bientôt les Thirtynagers, pour la suite et fin dans l’épisode 2 !

  1. Pfiouuu, C’est dur rien que de le lire, ça fout mal au ventre… alors j’imagine même pas le vivre…
    Courage, vos efforts finiront par payer…

  2. Je vois que tu passes par une étape que je connais par cœur…. C’est difficile mais il faut y croire…parole d’une maman d’un bébé iac et d’un bb naturel

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