Comment survivre à une amie infertile

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Comment survivre à une amie infertile

Vous avez été super nombreux (près de 1000 !) à lire mon article Être maman ou ne pas être, à m’envoyer des messages d’encouragements et des gentillesses et je vous en remercie. On se sent un peu moins seule sur le coup lorsque l’on reçoit autant de témoignages d’affection, surtout de la part de celles qui passent ou sont passées par là, donc encore mille fois merci à vous !

J’avais envie de revenir sur le sujet et de l’aborder sous un angle différent. J’ai eu cette phrase très dure dans mon article en disant « les gens sont cons »… ce n’est pas tout à fait fairplay, mais c’est vraiment ce que l’on ressent lorsque telle personne vous dit de « ne pas y penser » ou que des collègues maladroits vous charrient parce que vous buvez un Coca et pas un Apérol comme tout le monde, et que forcément, cela veut dire que vous êtes enceinte (ou pas en l’occurrence).

Peut-être avez-vous déjà fait ce genre de boulette sans pour autant être malintentionné. Et au fond, ce n’est pas très grave. C’est la raison pour laquelle j’ai voulu rédiger ce guide pour survivre (rien que ça !) à une amie infertile (je n’exclue pas les hommes de cette souffrance, mais je parle ici de mon point de vue, d’où le « amie » au féminin), en essayant d’être la plus honnête et la plus bienveillante possible.

L’infertilité est un chemin sinueux et solitaire

Désolée, je vais commencer par l’injustice la plus totale. Quoi que vous disiez, fassiez, pensiez, exprimiez, vous ne pourrez jamais comprendre ce que les gens souffrant d’infertilité ressentent. Cela n’a rien à voir avec le fait d’avoir de l’empathie ou pas. Si de surcroît, vous êtes enceinte ou avez des enfants, vous perdez toute légitimité et un « je comprends ce que tu ressens » sera vécu comme un coup de couteau en plein cœur. Cela ne veut pas dire que votre amie n’a pas besoin de vous. Parfois, une oreille à l’écoute, une épaule réconfortante ou un « je suis désolé(e) pour toi ma chérie » seront bien plus réconfortants que vous ne le pensez.

On ne pense à rien d’autre

Chaque jour, chaque heure, chaque minute, votre proche ne pensera qu’à deux choses : tomber enceinte (et tout ce qu’elle peut ou pourra faire pour y parvenir) et au bébé qu’elle n’aura ne peut-être jamais, et cela la rend triste (et c’est un euphémisme) en permanence. Elle a probablement oublié toute notion d’insouciance et est mentalement épuisée de ne pas réussir à penser à autre chose (donc pas la peine de lui dire de ne pas y penser). Personnellement, je me souviens que mon dernier moment d’insouciance, de paisibilité, de normalité remonte à mes vacances en Grèce en juin 2016.

On pleure tous les jours

Une femme enceinte au coin de la rue, une publicité pour des couches ou des petits-pots ou la simple mention du mot « gynécologue » peuvent faire passer votre amie du rire aux larmes. N’essayez pas d’éviter ces sujets-là pour autant (car cela serait pire), soyez simplement conscients que cela peut arriver à tout moment et montrez un peu de compassion et d’empathie.

La culpabilité

En fait, je me suis trompée. Il n’y a pas deux, mais trois choses à laquelle votre amie pensera constamment, la troisième étant « pourquoi ? ». En gros, elle passe son temps à se torturer l’esprit pour expliquer l’inexplicable et à s’accabler. Je ne dis pas s’apitoyer, je dis bien s’accabler ! « Pourquoi cela m’arrive à moi ? Qu’est-ce que j’ai fait de mal ? Pourquoi suis-je punie ? Ne puis-je pas payer autrement ? Que puis-je faire pour réparer cela ? ».

L’ascenseur émotionnel

Je l’ai dit plus haut, le chemin de l’infertilité est sinueux. Comprenez-moi bien : vous oscillez en permanence entre espoir et déception. Car oui, les règles sont là pour vous rappeler tous les mois que cela n’a pas marché, que votre corps est en mode échec (on ne peut pas le rebooter en mode sans échec malheureusement), que vous n’êtes pas enceinte, mais elles annoncent aussi le renouveau : nouveau cycle, nouvelle tentative, nouvelles techniques à tester, nouvel espoir. Même si elle s’en veut terriblement d’espérer, car la prochaine déception n’en sera que plus amère, mais elle espère. Soyez indulgent si votre amie vous fait subir les montagnes russes (sans parler du fait qu’elle est probablement bourrée d’hormones) et ayez de l’espoir pour elle lorsqu’elle n’en a plus.

Il y a des phrases que vous ne devrez jamais, JAMAIS, prononcer

  • « Je te comprends ».
  • « Arrête d’y penser ».
  • « Tu y penses trop, tu es sure que ton infertilité ne vient pas d’un problème psychologique ? »
  • « Tu devrais aller voir un psy ».
  • « Tout vient à point qui sait attendre ».
  • « As-tu essayé l’acupuncture / de prendre des vitamines XYZ / de faire le poirier ? »  ou toute autre technique de merde. Ou encore : « vous devriez partir en vacances ». Évitez les bons conseils en général…
  • « Nous aussi ça a été long, on a mis 5 mois à concevoir Gontran ».
  • ou dans le même genre : « On n’arrive pas à avoir un enfant, ça fait deux mois qu’on essaye, j’en peux plus, c’est trop long ».
  • « Alors, tu n’es toujours pas enceinte ? »
  • « N’importe quoi ! » En réponse à un « je n’aurai peut-être jamais d’enfant » par exemple.
  • « Je connais quelqu’un qui a fait 5 FIV / une insémination… » quelle que soit la suite, on s’en fout, on ne veut pas savoir.
  • « Ma fille / Mon fils me fait vivre un enfer, des fois je regrette notre vie à deux ».
  • « Je suis enceinte de 6 mois, je n’ai pas osé de te le dire avant pour ne pas te faire de peine ». N’essayez pas de protéger votre proche, elle aura le sentiment que vous la mettez de côté et elle se sent suffisamment isolée comme cela.
  • « Au lieu de te lamenter, voyage et profite de la vie tant que tu le peux encore ».

Il y en a tellement d’autres qu’on pourrait probablement y consacrer un livre… ou de nos jours un hashtag sur les réseaux sociaux !

Les phrases qu’on a envie d’entendre

Parce que parfois, voire presque toujours, rien de ce que vous pourrez dire ne sera une bonne réponse… Ce n’est pas de votre faute, et ce n’est pas très grave.

  • « Je ne peux pas savoir ce que tu ressens mais tu peux me l’expliquer ».
  • « Je suis là pour toi ».
  • « Si ça ne va pas, tu peux me parler ».
  • « Si tu n’as pas envie d’en parler, je comprends ».
  • « Viens, on va boire un verre, cela te fera du bien ».
  • « As-tu besoin que je t’accompagne pour ta prise de sang ? »

Voilà. Je ne sais pas si cet article vous aidera. Dans tous les cas, chers amis Thirtynagers, qui que vous soyez, quel que  soit le nombre d’enfants que vous avez ou d’années que vous avez passées à l’attendre, laissez-moi vous dire une chose : aimez-vous !

Marie (#jesus mdr !)

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