Être Maman ou ne pas être

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Être Maman ou ne pas être

Combien de personnes peut-on être amené à croiser tous les jours, dans la métro, en voiture sur l’autoroute, à la caisse au supermarché ou dans la salle d’attente chez le dentiste ? 100 ? 1 000 ? 5 000 ? 7 milliards d’êtres humains peuplent aujourd’hui notre planète et près de 80 milliards en ont un jour foulé le sol. Et vous est-il arrivé de vous faire la réflexion suivante : derrière chacun d’entre eux se cache une femme qui a été enceinte, qui les a portés (sauf peut-être le premier ?).

Qu’y a-t-il de plus facile au monde que de faire un enfant ? D’ailleurs, nous passons la plus grande partie de notre vie de jeune femme (peut-être pas toujours de jeune d’ailleurs) à tout faire pour ne pas l’être.

Et puis nous grandissons, nous mûrissons et nous rencontrons l’homme de notre vie. Et un jour froid de septembre, à une soirée d’anniversaire, entre deux Je t’aime, trois petites larmes et un nombre de verres de whisky que nous ne mentionnerons pas, vous vous dites que vous aimez plus que tout, que vous ne voulez jamais vous quitter et que rien ne vous rendrait plus heureux que de fonder une famille.

Vous êtes jeunes (ou presque), vous êtes beaux, vous avez tout, d’ailleurs vous êtes les plus heureux au monde. Il ne vous manque rien pour atteindre le summum du bonheur, ou si. Un enfant. Un enfant, ce petit être qui est censé être 50% comme vous et 50% comme Monsieur (que les meilleures moitiés bien entendu), former une famille tous les trois, rien ne peut être plus parfait !

Et si vous faites partie des 90% de gens « normaux », vous aurez votre petite boule de bonheur, plus ou moins rose, braillarde et gigoteuse selon le modèle fabriqué, dans les bras neuf à dix-huit mois plus tard.

Au début, tout excités, vous commencez par « essayer » et vous passez quatre ou cinq mois de lune de miel. Et puis au bout de six mois, vous commencez à vous poser des questions. Mince, est-ce qu’on devrait compter les jours, faire les choses différemment, prendre des vacances ? Puis neuf mois passent et vous vous dites que si ça avait « marché » du premier coup, vous ne seriez probablement pas loin d’accoucher. Puis 10, 11, 12 et si on allait voir un médecin ?

Vous prenez-donc rendez-vous chez le gynécologue, 13. Il vous prescrit une batterie d’examens plus ou moins douloureux. 14. Ces examens révèlent que vous êtes stérile et fichue, 15. Ah, en fait non, c’est une erreur de diagnostic donc vous changez de médecin. 16, 17, 18. Vous recommencez une batterie d’examens, 19, 20. Oh putain, je n’ai pas mes règles, j’ai trois jours de retard. 21. Celles-là finissent toujours par débarquer, comme si ne pas y arriver ne suffisait pas, il faut en plus que votre corps vous rappelle de la façon la plus visible et douloureuse qui soit son échec. D’ailleurs, votre vie est un échec. 22, 23, 24, 25, 26. Un échec total.

Et pendant tout ce temps, la vie normale est censée suivre son cours. Mais la vérité c’est que (liste non exhaustive et probablement amenée à évoluer, espérons le tout du moins) :

  • Vous êtes seuls au monde.
  • Vous vous sentez comme une grosse merde incapable de la chose a priori la plus facile au monde.
  • Les gens sont cons. Entre les maladroits qui vous demandent quand est-ce que vous allez avoir des enfants, ceux qui pensent bien faire et pour lesquels faire des enfants est si facile qui vous disent de relativiser, d’être patient, que ça finira toujours par arriver, et les pires ceux qui vous disent que « c’est dans la tête » ou « qu’il ne faut pas y penser », croyez-moi, vous n’avez pas fini de pleurer.
  • D’ailleurs, vous pleurez tous les jours.
  • Vos amies, vos collègues, vos voisins (la terre entière en somme) font des enfants plus vite que leur ombre ; d’autres avortent.
  • Ne pensez pas que vous trouverez du réconfort auprès des personnes confrontées au même problème que vous. Les gens n’en parlent qu’une fois qu’ils ont leur happy ending, puis ils oublient.
  • Vous repensez sans cesse aux enfants que vous vous étiez imaginé avoir et avec lesquels vous auriez regardé le Magicien d’Oz en pyjama Pokémon et pour vous, c’est comme s’ils étaient morts. Vous les avez perdus. Vous devez vivre avec ce deuil en permanence.
  • Vous êtes totalement brisée à l’intérieur, mais vous ne savez pas très bien pourquoi, vous avez honte de cette situation, donc vous montrez toujours votre plus beau sourire.

Ça fait beaucoup de pression pour un seul être humain (d’1m59 de surcroît), ne trouvez-vous pas ?

Et puis au bout de deux ans, le médecin vous dit que vous souffrez d’une infertilité inexpliquée. Ces mots exacts ont été : « vous n’avez rien selon les connaissances scientifiques actuelles ». Ils vous parlent de PMA. Le ciel vous tombe sur la tête, encore. Vous n’avez pas envie de passer par là, qui aurait envie ? Mais avez-vous réellement le choix ?

Aujourd’hui, j’ai eu mes règles. Pour la 27e fois depuis ce jour que je n’oublierai jamais où on s’est dit qu’on voulait un enfant.

Pourquoi j’écris cet article ? Je ne sais pas. Peut-être pour faire passer un simple message.

Tournez votre langue sept fois dans votre bouche avant de demander à une femme pourquoi elle n’a pas d’enfants, vous ne savez pas ce qu’elle vit ou par quoi elle est passée.

Et d’ailleurs, de manière plus générale, rendez-vous compte de la pression que vous mettez sur les gens, la pression de la société dit-on, quand vous leur demandez quand est-ce qu’ils vont se marier un an après leur rencontre, ou quand est-ce qu’ils vont avoir un enfant une fois qu’il sont mariés, ou quand est-ce qu’ils mettent en route le deuxième une fois que le premier a deux ans. Et puis au fond, qu’est ce que ça peut foutre après tout ? Avons-nos besoin de nous conformer à ce modèle pour être heureux ?

Et peut-être que comme moi, vous faites partie des 10% de gens souffrant d’infertilité, expliquée ou non, pour qui faire un enfant n’est pas la chose la plus facile au monde. Dans ce cas, je souhaite simplement vous dire que je sais ce que vous ressentez et que vous n’êtes pas seuls.

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